L’OFFICIER MARINIER

( Extrait du bulletin de liaison Acomar n° 219 )

 

 

 

L’appellation d’officier marinier, dans les textes officiels, remonte au moins à Colbert qui l’utilise dans son « ordonnance sur la Marine ». Mais la fonction existait déjà sous le nom d’officier-matelot, lorsque Richelieu publia son « règlement sur la mer ».

 

A cette époque, les officiers mariniers, héritiers des officiers-matelots, étaient des hommes de mer ( mariniers ) pourvus d’un « office », autrement dit d’une charge. C’est là l’une des origines les plus vraisemblables du terme et en même temps une image fidèle de la réalité. Les fonctions dont ils étaient investis sont celles qui se rapportent directement à la conduite du navire et de son équipage. Au XVIIe et au début du XVIIIe siècle, les officiers proprement dits ou officiers-majors n’étaient pas des marins.

 

Représentants du roi et chefs militaires, ils détenaient à bord le droit de justice et conduisaient les hommes au combat. A l’exception de quelques fonctions particulières comme celles de chirurgien ou d’écrivain, toutes les autres tâches étaient confiées aux officiers mariniers, qui, notamment, proféraient les commandements de manœuvre auxquels les officiers donnaient seulement l’appui de leur présence et de leur autorité.

 

Sur cette compétence se fondait une grande autorité de fait, à tel point que le capitaine ne pouvait appareiller qu’avec l’accord du « maître », lequel assurait la conduite des hommes qu’il avait recrutés. Ainsi, l’organisation du bâtiment comportait-elle, comme toujours à la mer, une fonction bien précise pour chacun, attestée par un titre : Maître de haches ou Maître charpentier, Maître canonnier, Maître trévier ( chargé des voiles ), Maître calfateur ( veillant sur l’étanchéité de la coque ).

 

L’importance du rôle des officiers mariniers, alors seuls professionnels de la mer, apparut à Colbert avec une telle force qu’il prit le parti d’en « entretenir » un certain nombre, c'est-à-dire de leur verser leur solde, même à terre. Disposition très courageuse de la part du Secrétaire d’Etat à la Marine, une telle mesure prend une valeur particulière sous la plume du Contrôleur général des Finances.

 

Hier seigneurs de la navigation et de la manœuvre, maniant les astrolabes et les arbalestres, régnant sur les huniers et les perroquets, les officiers mariniers sont aujourd’hui devenus maîtres mécaniciens, radio, missiliers ou électroniciens, entourés des outils de leur temps : oscilloscopes, calculateurs et ordinateurs.

 

Mais le changement n’est qu’apparent ou plutôt ne porte pas sur l’essentiel. Si, en effet, les officiers ont assez vite appris à naviguer et à manœuvrer et sont aujourd’hui de véritables hommes de mer, les officiers mariniers ont conservé leur caractéristique originelle qui est leur « office », en même temps d’ailleurs que leurs appellations traditionnelles, parfois inchangées depuis plus de trois siècles, comme celle de maître canonnier qui n’a disparu que très récemment. Bien qu’ils soient la plupart du temps placés sous les ordres d’un officier chef de service, ils conservent néanmoins vis-à-vis de celui-ci des attributions complémentaires que traduit bien l’appellation de « maître adjoint ». Leur devoirs, comme autrefois, s’appliquent au personnel et au matériel.

 

Les responsabilités vis-à-vis des hommes sont de deux sortes, parfois confiées à des officiers mariniers différents : « le maître adjoint » veille sur le degré de préparation à l’action du personnel qu’il a sous ses ordres et organise son entraînement de spécialité, tandis que « l’adjudant de compagnie » suit la situation militaire et administrative des hommes qui lui sont confiés : c’est à lui que le matelot vient demander une permission, un effet d’habillement ou des indications sur ses perspectives de carrière. C’est dans le domaine du matériel que l’officier marinier d’aujourd’hui est le plus fidèle héritier des « officiers-matelots » de Richelieu. Autrefois experts dans l’art de conduire et manœuvrer le navire, ils sont maintenant capables de remettre en état les armes et les équipements de plus en plus complexes que porte un bâtiment de guerre ou un aéronef moderne. En outre, ils sont détenteurs dépositaires de la plus grande partie du matériel dont la comptabilité, tenue jadis sur un registre appelé « mémorial », est aujourd’hui largement automatisée.

 

Pour assurer cette responsabilité, les officiers mariniers devront, tout au long de leur carrière, suivre des cours et stages correspondant à leur spécialité. Ainsi « recyclé » et « modernisé » régulièrement, l’officier marinier deviendra le spécialiste chargé d’entretenir le matériel dont les unités ne peuvent plus se passer. La compétence et l’expérience acquises par les officiers mariniers les conduisent assez naturellement et encore une fois, comme au temps de Colbert, à remplir des fonctions d’officiers, notamment celles de chef de service ( officier de quart ou officier de garde ). Ces mêmes qualités permettent aux meilleurs de ceux qui appartiennent aux spécialités de passerelle de commander à la mer, aujourd’hui comme hier, récompense et consécration suprêmes.

 

Ainsi, tout porte à penser que depuis plus de trois siècles que la Marine est une institution, la Maistrance a conservé ses qualités et caractéristiques essentielles : grande compétence technique et qualités morales. Cette continuité ne doit pas étonner. Car la mer impose ses lois à ceux qui l’affronte : d’abord la place est comptée, le superflu est vite rejeté, comme un organisme rejette une greffe qui ne lui convient pas et il en va des hommes comme des choses : chacun à sa place, chacun à sa tâche. Ensuite un bâtiment est une communauté et plus précisément au combat, une équipe où chacun est solidaire des autres, qu’il le veuille ou non. On dit que la mer est exigeante. C’est vrai et c’est pourquoi elle attire les hommes de qualité qui ont l’idéal au front et du cœur au ventre et elle trempe leur caractère.

 

L’officier marinier est un homme qui a su faire des lois de la mer ses propres lois, parce qu’il faut les accepter ou disparaître. L’esprit d’équipe, dont la discipline permet l’efficacité, la conscience aiguë de la solidarité, sans laquelle tout navire est condamné et qui implique de façon évidente le dévouement à la communauté, se résumant en un sens profond des responsabilités. La compétence technique acquise en école et mûrie par l’expérience et le caractère forgé par la mer, la maistrance restera ce qu’elle a toujours été : un élément déterminant de l’efficacité de toute marine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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